À 22 ans, Liam raconte son addiction à la cocaïne, une descente progressive dont il ne mesurait pas l’ampleur. Entre euphorie, perte de contrôle et manque, il revient sur ses années d’excès et le déclic qui l’a poussé à arrêter.
La consommation de cocaïne est devenue un phénomène préoccupant en France, touchant de plus en plus de jeunes adultes. Selon Drogues Info Service, l’addiction à cette substance se caractérise par des envies impulsives, appelées « cravings », qui poussent les individus à consommer pour éviter des états de déprime ou de « down ».
Liam, 22 ans, en sait quelque chose. Pris dans l’engrenage, il a connu l’euphorie, la perte de contrôle et le manque. Aujourd’hui, il raconte sans filtre son parcours, de la première ligne à la sortie de l’addiction. Un témoignage cru qui met en lumière la réalité d’une drogue plus dangereuse qu’elle n’y paraît.
1- Peux-tu nous parler de ta première expérience avec la cocaïne ? Dans quel contexte as-tu consommé pour la première fois ?
C’était à Paris, en boîte de nuit. L’ami d’un ami m’en a proposé pour essayer, gratuitement, et par curiosité j’ai dit oui, pour l’expérience quoi. Je n’avais pas peur d’en prendre parce que j’étais curieux, et bourré d’ailleurs. On est parti dans les toilettes de la boite pour se cacher et on en a pris. J’ai regardé comment le gars faisait et j’ai fait la même chose. Une fois que ça a fait effet, c’était comme si tout ce qui m’entourait était au ralentit et moi, j’étais le seul vif et rationnel. L’effet est à la fois très court et très long parce qu’une fois que les effets de la première ligne s’atténuent, tu as envie d’en reprendre donc ça dure toute la soirée. Et après je n’ai pas réussi à dormir.
2- À quel moment as-tu réalisé que ta consommation devenait problématique ?
Quand tu as une addiction, tu ne te rends pas compte que c’est problématique, alors dans le feu de l’action je ne savais pas. Ce sont des souvenirs quand même assez vagues mais je me souviens avoir été inconscient de tout ça. Une anecdote pour vous montrer à quel point j’étais loin de m’inquiéter : pendant ma saison au ski en 2023/2024, je me suis carrément endormie dans la neige parce que j’étais trop défoncé. C’est une personne âgée qui m’a réveillé et sur le moment ça m’a fait beaucoup rire. C’est seulement avec le recul que je me dis que ça aurait pu être fatal. Donc tu vois, je ne me suis pas vraiment rendu compte que c’était problématique.
3- Quels étaient les effets recherchés ?
J’adorais le fait que tout le monde paraissait accessible, j’avais confiance en tout ce que je disais et tout ce que j’étais, et peut-être que j’en avais besoin. Disons que je n’ai jamais eu très confiance en moi, et la cocaïne m’a apporté, ou plutôt, m’a donné l’impression de m’apporter tout ce qui me manquait : de l’écoute et des rencontres. Les rencontres étaient tellement faciles avec la cocaïne. Si Dicaprio avait été dans la même soirée que moi je serai allé lui parler comme à une personne lambda. La drogue m’a aussi beaucoup rapproché des légendes que j’admirais… Morrison, Gainsbourg, Mercury, Cobain et tant d’autres. C’est comme si je comprenais leurs arts parce que je comprenais leurs fails.
« Mes deux narines saignaient, sans que je ne m’en rende compte »
4- As-tu eu conscience à un moment de perdre le contrôle ?
Oui plusieurs fois. Par exemple, en septembre 2023, je suis parti à Ibiza pour 3 jours pour fêter la fin de saison avec 2 collègues. Pendant une fête sur la plage je me suis retrouvé sur la piste de danse avec les deux narines en sang, sans même m’en rendre compte, tout mon corps était engourdi. C’est mon ami, Mathieu qui m’a raisonné. Calmement il m’a dit de faire attention, de ne pas allé trop loin. J’ai arrêté quelques minutes et j’ai recommencé, et personne ne pouvait rien dire de toute façon je faisais ce que je voulais.
5- Y a-t-il eu un événement précis qui t’a poussé à vouloir arrêter ?
C’est en revenant de saison d’hiver en mars 2024, qu’il s’est produit un évènement que je n’avais pas prévu. La rencontre avec mon amoureuse qui partage toujours ma vie aujourd’hui. On n’était pas encore ensemble qu’elle m’a dit « fais-en ce que tu veux, mais je veux quelqu’un qui ai les idées claires, je ne me mettrais jamais avec quelqu’un qui prend quoique ce soit et c’est comme ça. » Je l’aimais déjà alors, ça n’a fait qu’un tour dans ma tête, j’ai arrêté. Grâce à elle, j’ai réalisé que l’on pouvait m’aimer sans.
6- Quels ont été les principaux défis à surmonter lors du processus de guérison ?
Le manque, parce que pendant la redescente, le plus important c’est d’en reprendre avant de te sentir défaillir. Sinon c’est comme un état grippal : des courbatures et des maux de tête. Et psychologiquement, c’est compliqué, tu serais prêt à faire 100 bornes pour aller en acheter, ça en dit long. Ça a duré deux mois comme ça. C’était éprouvant, je suis même tombé malade, mais je faisais bonne figure. Ce qui m’a fait tenir, c’est ma volonté de changer, de grandir, c’est une forme de maturité je suppose ? Évoluer avec la personne que j’aime, c’était une belle motivation aussi.
7- Comment perçois-tu aujourd’hui cette période de ta vie ?
Fun, j’ai aucun mauvais souvenir des soirées quand j’en prenais, au contraire c’était sans doute les meilleurs. A contrario, je ne peux pas me voir en peinture quand il s’agit d’une photo ou d’une vidéo pendant une soirée à cette période. Mais je sais tout de même que c’était un tout autre Liam, et se Liam je l’ai regardé partir quand je suis devenu une meilleure version de moi-même. J’en suis plutôt fière maintenant.
« C’est quelque chose qui doit venir de soi-même »
8- Que dirais-tu à quelqu’un qui traverse actuellement ce que tu as vécu ?
Je ne peux rien dire à quelqu’un qui est sous l’emprise de l’addiction, tant qu’il n’a pas le déclic d’arrêter, c’est difficile de l’aider. C’est quelque chose qui doit venir de soi-même.